L’Âge du bronze

(2900 av. J.C. - 1100 av. J.C.)

La Crète préhistorique constitue, selon les découvertes faites jusqu’à ce jour, une culture unique qui débute aux environs du IIIe millénaire avant J.C. Les Minoens, première culture essentiellement européenne, adoptèrent les méthodes de viticulture des Égyptiens qui avaient déjà une tradition dans la production de vin, sans pour autant avoir fait de celle-ci leur production majeure, laquelle semblerait être la bière en raison de leur large production d'orge.

Le terrain montagneux et rocheux de la Crète, le climat doux, le fort ensoleillement et les précipitations satisfaisantes, combiné au développement de la navigation, amenèrent les Minoens à la viticulture et son exportation vers les peuples voisins.

Les pressoirs, les récipients, les amphores, les textes des tablettes d’argile de linéaire A et B (écriture syllabique), tout comme les fresques représentant des scènes de la vie quotidienne, constituent la preuve indéniable qu'il y avait un développement significatif de la production de vins durant cette période, principalement sur la côte nord de l'île, où se trouvait également le palais de Minos, à Knossos.

Les vendanges pour les Minoens commençaient en phase avec la nouvelle lune ou pleine lune autour des semaines de l'équinoxe d'automne. C’était le travail agricole le plus festif de l’époque, ainsi que l'occasion de réunir toutes les personnes de tout âge travaillant laborieusement le matin et se divertissant le soir, tradition perdurant encore aujourd’hui.

À l'origine, les viticulteurs se rassemblaient, pour la plupart des régions avoisinantes, et s’organisaient la division des tâches en fonction du sexe et de l'âge. On attribuait un rôle à tout le monde dans les travaux, comprenant la vendange, le transport, la fourniture de nourriture et la supervision de la récolte.

Le pressage des raisins, après la vendange, se faisait soit dans le vignoble, soit dans un espace communautaire. Il y avait deux méthodes, le pressage à la main (presse) et le foulage dans la cuve vinaire (appelé « linos ») avec pour dominante la seconde. Le foulage était une affaire strictement masculine puisqu’il exigeait force et technique pour le pressage des raisins. Les cuves étaient essentiellement des cuves en argile accompagnées d'une sous cuvette fixe (appelée « hypolenion ») pour la collecte de moût.

Pour le stockage du moût étaient utilisées de grandes jarres, adjacentes aux cuves, lesquelles étaient scellées avec soit de la chaux, soit du plâtre, afin de ne pas laisser s’infiltrer l'humidité et qu’il devienne du vinaigre. Pour le transport et le stockage étaient utilisées des amphores ou contenants en peau qui permettaient le transport du vin vers les pays voisins. Les Minoens avaient pour habitude d’indiquer sur les amphores le type de vin, ainsi que son appellation d’origine.

Les Minoens développèrent la viticulture à grande échelle, intégrant le vin à leur vie quotidienne et notamment à leur régime alimentaire. Le vin minoen servit principalement au commerce, aux arrangements et à diverses cérémonies rituelles.



Antiquité

(1100 av. J.C. - 30 av. J.C.)

Le tremblement de terre violent de Thira (Santorin) vers 1160 av. J.C. entraîna la destruction totale de la civilisation minoenne. Les survivants se dispersèrent à travers toute l'île, créant de nouveaux lieux d’habitation. Les Doriens ensuite, qui avaient développé leur flotte et leur armée, s’emparèrent des principales villes et dominèrent sur l'île. Cette période ne favorisa pas le commerce, ni même, parconséquent, les cultures parce que cette période fut caractérisée par d’incessantes guerres civiles entre les grandes villes de l'île (Lato, Knossos, Gortyne, Cydonia, Aptera, Phaistos, Polyrinia), de même que par des invasions répétées de barbares et de pirates.

Bien que la population ait diminué en raison des conflits persistants, nombreux des Minoens restants, ceux même qui furent appelés Étéocrétois, conservèrent les mœurs et les coutumes de leur culture. La Crète n’était peut-être plus le centre du monde d’antan, tandis qu’Athènes, Sparte et la Macédoine fleurissaient, mais elle sut conserver sa tradition du vin, en continuant la culture systématique de ses vignes, couvrant davantage ses propres besoins. Notamment, le vin était un produit de la vie quotidienne du monde antique d’alors.

Le Code de Gortyne, d’une ville qui prospéra durant la période hellénistique (fin 4ème av. J.C. – 67 av. J.C.) et qui se trouve presque au centre de la Crète, représente le code législatif grec le plus ancien qui existe et mentionne, parmi d’autres actes législatifs, les règles régissant la viticulture, exemple du développement du secteur agricole en question.



L’Empire romain

(30 av. J.C. - 330 apr. J.C.)

L'une des périodes les plus brillantes de la viticulture crétoise fut l'époque où la Crète fut annexée à l'Empire romain. La Crète détenait une position stratégique dans l'axe Rome-Alexandrie, deux des plus grands centres de l'époque, avec pour résultat le fleurissement du commerce de son vin qui était aussi la principale source de revenus des habitants de l'époque.

Éreintée des guerres constantes des siècles passés, de la barbarie des conquérants successifs qui voulaient ardemment la coloniser, la Crète sut tirer profit de la paix, de l'amour des Romains pour le vin et bien sûr de la stabilité politique qui s’ensuivit avec, pour

Les conditions étaient très favorables en raison du sol, du climat et du savoir-faire des ressources humaines, facteur de longue tradition viticole. Depuis l'époque où la Crète fut annexée à l'Empire romain et bien qu'il ait été le premier conquérant étranger de son histoire, la production de vin prit un autre tournant. Le vin qui était connu à cette époque était le « Vin Doux de Crète ». Les viticulteurs avaient amélioré suffisamment leurs méthodes de vinification et produisaient d'excellents vins doux.

Afin de permettre aux vins de voyager facilement sans pour autant perdre en teneur par rapport à leur durée de vie, les viticulteurs prirent donc soin de laisser les raisins mûrir le plus naturellement possible, les laissant exposés au soleil après la récolte, afin de parvenir ainsi à la production d'un vin doux à la teneur plus élevée par rapport au titre alcoométrique volumique naturel.

Tel un exemple du grand développement du commerce de ce vin, les 17 ateliers de production d’amphores qui étaient nécessaires pour stocker les vins, avant leur voyage vers d'autres marchés, ainsi que les mécanismes de contrôle mis au point par les viticulteurs pour assurer la quantité et la qualité des vins exportés.


L’Empire byzantin

1ère période (330 apr. J.C. - 824 apr. J.C.)

Le christianisme, une nouvelle religion, à l’époque, se propagea rapidement après la chute de l'Empire romain et la Crète, en tant que province de l'Empire romain, devint l'une des 64 provinces de l'Empire byzantin.

Le christianisme, directement lié aux arts et aux lettres, fit valoir la vigne à travers toute forme de monument et objet en raison du caractère symbolique et religieux qu'elle avait acquis. La vigne est représentée dans de nombreuses fresques, reliefs, sculptures et ornements sacrés de l’époque, exemple montrant que la viticulture continua à être partie intégrante du développement du lieu.


Domination arabe

(824 apr. J.C. - 961 apr. J.C.)

Une autre période néfaste de l'histoire de la Crète, qui entraîna le déclin de sa population byzantine mais aussi de sa culture d’alors. Les Arabes (Sarrasins) affaiblirent la population, mirent en œuvre de dures pratiques serviles lors de leur période de domination et développèrent ce qu'il savait faire au mieux, la piraterie.


L’Empire byzantin

2ème période (961 apr. J.C. - 1204 apr. J.C.)

Le retour à la domination des Byzantins sur l’île et la chute de la domination arabe marquèrent un nouveau départ pour le développement et la prospérité de la Crète. La population augmenta à nouveau, le christianisme fut en plein essor, des monastères se construisirent et la vigne fut cultivée systématiquement pour répondre aux besoins locaux.

Le fait que la culture de la vigne et la production de vin aient fait partie de la vie quotidienne et aient constitué une activité importante pour les habitants de l'île est attestée par l'hommage rendu à Saint Tryphon, le patron de la vigne dans les années du christianisme.

Le vin occupait une place importante dans l'Eucharistie et était utilisé comme médicament en raison de ses propriétés bénéfiques. Les monastères prenaient soin des cultures et du développement des vignes, en respectant les Règlements quant à l'organisation, la production et le stockage des vins, tout en répondant aux besoins médicaux de leurs fidèles.

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Domination vénitienne

(1204 apr. J.C. - 1669 apr. J.C.)

Peut-être la période la plus glorieuse de l'histoire du vin crétois. Le vin constituait le produit commercial le plus important et la viticulture se propagea dans toutes les classes sociales. La vigne fut favorisée en tant que culture, non seulement en raison du sol et climat de la région, mais surtout en raison du fait qu'elle était une culture plus lucrative en comparaison avec les céréales. Elle ne nécessitait aucun apport particulier, ni même une main-d'œuvre importante, sachant que même une famille pouvait répondre aux besoins de sa production. En outre, les pressoirs de l’époque, trouvés dans tous les villages viticoles de la région de Peza et dans le reste de l'île, montrent à quel point était la viticulture développée à cette époque.

Les pressoirs étaient généralement fabriqués sur ordre féodal pour forcer les villageois à donner leur moût et à récolter une partie de celui-ci. Les pressoirs étaient construits ou creusés et la catégorie la plus célèbre était celle des pressoirs couverts, constitués d'une cuve individuelle couverte en forme de dôme, faite en pierres calcaires, reliée par une canalisation de pierre poreuse à une sous cuvette où le moût était collecté. Les pressoirs avaient une ouverture spéciale pour l'entrée / la sortie des vignerons, de même que des ouvertures spéciales pour la ventilation de la cuve.

La plupart des pressoirs étaient fabriqués sur des sols inclinés afin que le processus de collecte du moût se fasse de manière absolument naturelle. Autour des sous cuvettes, on fabriquait des cavités auxiliaires creusées pour le transvasement du moût dans les amphores et pour son transport ultérieur, à l'aide d’animaux, dans des espaces de stockage.

Les principaux travaux de la vigne étaient l'élagage, le houage, le désherbage, le creusage tous les trois ou quatre ans, la protection de la clôture de la vigne, la plantation de marcottes et l'entretien du pressoir. Tout cela assurait la production de vins de qualité au-delà des contrôles auxquels procédaient les seigneurs féodaux, lesquels intervenaient lors des différentes phases de culture telles que pour la plantation, le renouvellement des pieds de vigne, la quantité de fumier, éléments qui révèlent combien était important que la vigne soit cultivée correctement.

Le prix du vin était fixé en fonction du type, de la région, de l’âge du vin, de sa bonne conservation, mais aussi en fonction de la façon dont il voyageait par bateau, afin d'éviter qu’il devienne un vinaigre potentiel. Les conditions commerciales étaient très strictes pour prévenir toute fraude, alors que les contrats d'achat de l'époque contenaient tous les détails ci-dessus qui déterminaient le prix du vin.


Domination ottomane

(1669 apr. J.C. – 1898 apr. J.C.)

Certainement l'une des pires périodes pour la viticulture en Crète. Les Turcs ottomans n'exploitèrent pas la richesse viticole de l'île, principalement en raison de leur religion, qui leur interdisait la consommation d'alcool et en raison de leur ignorance à exploiter ce trésor. En effet, de nombreux vignobles furent détruits, témoignage de l’infliction des conquérants imposant quelquefois l’interdiction de boire du vin, ou bien abandonnés en raison de l’impôt élevé de sujétion qu’ils avaient instaurés.

La Crète s’affaiblit commercialement et socialement car il n'y avait absolument pas de structures, ni même de volonté de développement, tandis que la liberté était une question de priorité. Il y eut un régime servile mis en place aux dommages sans précédent concernant le patrimoine culturel du lieu qui mena à une résistance continuelle dont les opérations révolutionnaires furent incessantes.

La viticulture se poursuivit du fait que le vin était le deuxième produit après le pain et constituait la base essentielle de l'alimentation quotidienne de la population rurale. Les successeurs les plus essentiels de la viticulture furent les grandes familles qui se mobilisèrent contre l'occupant en préservant leurs traditions. En dépit de leur volonté, l’imposition ne leur permettait pas de produire des vins de haute qualité comme par le passé. Certains dirigeants turcs de l'île, qui reconnaissaient en cet impôt une bonne source de revenus, continuaient le commerce du vin en sachant qu’il était le revenu de base de l'agriculteur, mais sans tenir compte du niveau de qualité du vin, avec pour conséquence que le vin crétois perdit sa réputation.


Grèce contemporaine

(1898 apr. J.C. - jusqu’à aujourd’hui)

La Crète fut libérée du joug turc, s’unit à la Grèce (1913) et regagna peu à peu le terrain qu’elle avait perdu, en raison de l’ascension que réalisent les vins en Grèce, notamment avec l’enregistrement systématique de leurs variétés et vignes, la mise en place des premiers œnologues grecs et l’établissement du premier institut œnologique grec.

Le vignoble crétois se réorganisa, la production de vin se modernisa et la renaissance du vin crétois redémarra avec la survie et la culture systématique de toutes ses variétés indigènes. Après la malheureuse période des guerres mondiales, de guerre civile et de phylloxéra, et de quelques autres événements désagréables sur l'île, la viticulture recommença à se développer dans le milieu des années 1960, organisée, à la recherche de sa gloire passée.

La législation, conçue dans le cadre d’un contexte national pour assurer à la fois l'origine, mais aussi la haute qualité (appellation d’origine protégée), suivant le modèle français de développement, est significative quant à la volonté de renouveler la viticulture et d’assurer la production de vins de haute qualité.

L'utilisation de technologie moderne, l’émergence de variétés locales oubliées, la formation continue des œnologues et viticulteurs locaux, avec l'application de nouvelles méthodes de culture et de vinification, gardent vivante l'histoire viticole de la Crète, promouvant le caractère unique qu’elle possède dans la production de grands vins.



G.U Weine PEZA

Dans l’unité régionale d’Héraklion, la zone AOP Peza est située au centre et légèrement au nord. C’est une zone continue et valable aussi bien pour les vins rouges, qui ont acquis cette appellation en premier (1971), que pour les blancs, instaurés plus tard, en 1982. La majeure partie de la zone se trouve dans la partie nord et central de la région Nikos Kazantzakis (Peza, Agies Paraskies, Agios Vasileios, Alagni, Astrakoi, Astritsi, Kalloni, Katalagari, Kounavi, Melesses, Myrtia,Choudetsi), et quelques terrains de moindre importance se trouvent dans la partie N.O de la région d´Arkalochori (Patsideros, Panorama) et dans la partie nord de la région de Thrapsanos (Sampas).

Le caractère unique des vins AOP Peza est dû aux caractéristiques particulières de la région, en combinaison avec les cépages cultivés et les techniques culturales.

Le vignoble de Peza s’étend autour de la plaine de Peza, aux altitudes qui varient entre 300 et 800 mètres sur des sols calcaires et profonds. Les massifs de montagne au centre de l’île protègent les vignobles de la zone par les vents chauds du sud, qui peuvent causer des problèmes au développement de la vigne. Parallèlement, les vents frais du nord (absence des massifs de montagne à la côté nord), aident afin que la température au cours de l’été soit maintenue à des niveaux satisfaisants, ayant comme résultat la limitation des coups de chaleur dans les vignobles, et la maturation plus tardive des raisins.

Le cépage rouge Mandilaria - très répandu dans les îles de la mer Égée, aussi connu comme Mandilari en Crète, à part les vins AOP Peza, contribue aussi dans la composition des vins AOP Archanes, AOP Paros et AOP Rhodes. Ce cépage, du fait de son caractère rugueux, doit être mélangé avec d´autres variétés plus douces. À Peza, tout comme à Archanes, on utilise le Kotsifali, à Paros, le cépage blanc Monemvasia et ce n´est qu´à Rhodes que ce cépage est vinifié seul. Bien que non requis par la législation, la composition des vins rouges AOP Peza est traditionnellement d´environ 75% de Kotsifali et de 25% de Mandilaria.

Les vins rouges sont produits par 9 établissements vinicoles et les vins blancs par 5 établissements à l ´intérieur de la zone.